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Comment et pourquoi TOUTE LA LIRE à 591 aux éditions TERRACOL ? Parce qu’après le numéro 25 et dernier de la revue L’Humidité paru en 1978, des revues ayant en commun le souci d’enjamber les genres, de lifter la littérature aux arts graphiques et plastiques, sans agrafes que la colle dite « à râle » et le couteau chirurgical sans manche, des coins de la bouche jusqu’aux oreilles depuis que Burroughs la cut-up et Duchamp à bicyclette l’on fait tanguer en montant à bord de la touchante yole mallarméenne, tanguer et puis chavirer en dansant les poètes sonores et visuels : « It’s a poem if I say so ! ».

Ce que l’on y découvrait au fil des parutions est une créativité de traverse, une folie de terrain vague graminée comme le signale Jérôme Duwa dans son introduction à l’Anthologie de L’Humidité, ce jusqu’au n°26 dont la construction est arrêtée comme une route brusquement par un pont éboulée vertigineux, « arrêtée » au sens de « décidée » qu’elle devrait reprendre un jour.

Les travaux ont repris depuis 591#5, au pied d’un tank corrodé, abandonné sur le chantier, à la faveur de quelques mots échangés au Salon de la Revue à Paris en 2018 entre Jean-François Bory et Christian Désagulier le directeur de publication de TOUTE LA LIRE : « Qui sommes-nous pour le vouloir ? Essayons une fois encore de toute la lire ensemble à partir de maintenant ! »

Après que Christian Désagulier se soit vu confier la composition poégraphique de 591#5 par Jean-François Bory, voici un 591#6 officialisant la joint-venture avec TOUTE LA LIRE et désormais rédacteur en chef de la revue internationale 591 à réceptacle élargi comme Jean-Christophe Bailly parle d’une nouvelle époque du poème, élargi aux sens dimensionnels et de remis en liberté !

Sur la couverture de 591#6 au format tirant vers le carré, une sorte de Pinocchio debout sur les décombres de quelques espoirs bleu ciel que le blindé #5 viendrait de pulvériser, tient une guitare dont il s’apprête à rejouer auprès d’un Terracol reconnaissant comme son chien la main d’Ulysse.

Le signe # est devenu une sorte de ♯,  celui d’une aggravation, la conséquence du changement de la battue des temps. Les puristes diront qu’un ♯ est une altération musicale d’un demi-ton vers l’aigu sauf qu’il y a des aigus aggravés comme des bémols ♭ inquiétants, ce ne sont pas les dodécaphonistes ni John Cage qui prétendront l’inverse, il suffit d’écouter les oiseaux :  à mi-chemin du grave aux gravas, il y a aggravation, attendu que tous les mots disent la chose et son contraire ou presque.

Quelle autre façon de consigner observations, sensations, souvenirs et espérances, arguments et augures, de clarifier organiquement le poème général, pourvu que ce bistre carboné qu’on lit ne soit pas le résultat attendu de piromanes, ni celui de bûcherons désinvoltes, charbon de bois, papier ou cendre mais qu’il soit le fait du noir qui règne dans le corps, celui de la vérité virant au violet et se vide quand on cherche à l‘ouvrir, lorsqu’on la cherche dans ce noir.

Toute la lire à 591, c’est-à-dire la fusion sinon la recherche poursuivie du point eutectique, une transformation de phase, de phrase, c’est-à-dire la continuation avec d’autres moyens comme une rupture avec les mêmes en jetant subrepticement des coups d’œil en arrière, ce qui revient à regarder plus intensément devant, avec les moyens du bord du poème visualisé et concrétisé.

Ainsi doté d’un capteur d’ondes poégraphiques émises à travers champs multidisciplinaires, de cordes à ventres et à nœuds, lesquels champs seraient ceux de savoirs multiples pourvus qu’ils soient sus à et par corps, c’est-à-dire éprouvés, techniques, scientifiques et humains, pour tout dire esthétiques, dans le projet d’une revue-récit, selon l’expression d’Emmanuel Hocquard, le projet de détecter les constantes, différences et variations lesquelles font récitatif puis les points reliés entre eux dans l’espace référentiel d’une revue internationale, de les faire voir et entendre et espérons lire toute une fois encore à factoriel 591#7 !